Rares sont les champs de pratique qui utilisent aussi bien les compétences d'un travailleur social que celui des services correctionnels, un champ à la fois exigeant et enrichissant.

Les services correctionnels sont la réponse du système aux personnes – des hommes, des femmes, des adolescents de deux sexes – qui ont eu des démêlés avec la justice et qui ont été trouvé coupables d'un crime. Les personnes condamnées d'un crime peuvent purger leur peine dans un établissement carcéral ou sous surveillance dans la collectivité. Au Canada, les peines pouvant aller jusqu’à deux ans moins un jour relèvent de la compétence des systèmes correctionnels des provinces et des territoires, alors que les peines de deux ans et plus relèvent de la compétence du Service correctionnel du Canada. Le système correctionnel est l’une des composantes d'un système plus global, en l’occurrence le système de justice pénale, et est voué à assurer la sécurité du public en aidant les délinquants à devenir des citoyens respectueux des lois, tout en exerçant sur eux un contrôle sûr et bienfaisant.

Pour les travailleurs sociaux, le meilleur moyen d’assurer la sécurité de la collectivité est par le truchement d'un système qui mise sur la responsabilité individuelle résultant du développement et de la croissance personnels, un système qui met également l’accent sur sa propre obligation de rendre compte. Les travailleurs sociaux oeuvrant en milieu correctionnel se doivent en tout temps de préserver l’équilibre entre les besoins et les intérêts de la personne aux prises avec la justice, le mandat et les objectifs des divers organismes et organisations correctionnels, la perspective des victimes, et leurs obligations envers la collectivité et ce, en accordant la primauté à la sécurité de la collectivité et des personnes.

L’un des idéaux du service social consiste à accorder une grande importance à la dignité et la valeur intrinsèque des personnes et à respecter leur diversité, tout en respectant leur droit à l’autodétermination. Il peut être difficile de se conformer à cet idéal dans le cadre des services correctionnels où l’on a à travailler avec des personnes qui ont fait du mal. Les travailleurs sociaux croient que toute personne peut s’améliorer et que ce processus peut être facilité au sein du système correctionnel.

Les compétences des travailleurs sociaux sont de plus en plus recherchées dans le domaine correctionnel en raison de l’accent accru qui est mis sur les besoins de santé physique et mentale des personnes aux prises avec la justice. Les interventions en service social s’inspirent de la perspective de la personne dans son environnement; cette perspective, qui tient compte des influences externes, est unique et de grande valeur étant donné que les autres professions que l’on retrouve dans les services correctionnels s’intéressent principalement à la personne.

Le champ d'activité des travailleurs sociaux oeuvrant dans les services correctionnels est très dynamique; il inclut des charges de travail intensives, la gestion d'informations sensibles, la participation à des équipes interdisciplinaires et la création de partenariats communautaires, tout en offrant la possibilité de contribuer à l’avancement de pratiques exemplaires fondées sur l’expérience clinique.

Les travailleurs sociaux en milieu correctionnel doivent posséder un large éventail de compétences et être en mesure d'offrir des services spécialisés, notamment la planification des sorties, la gestion de cas, la prestation de programmes, du counseling individuel/familial/de groupe, de l’intervention en situation de crise, des services de négociation et de médiation, de l’enseignement, le renforcement des capacités communautaires et la promotion et la défense des droits (sur les plans individuel et systémique). Les travailleurs du secteur correctionnel ont tendance à établir des priorités de services à l’intention de sous-groupes ayant besoin de soins spécialisés et d'attention, notamment les personnes aux prises avec des difficultés sur les plans physique ou mental, les personnes atteintes d'une déficience développementale, ou d'autres déficiences cognitives, de même que les aînés, les jeunes, les femmes, les peuples autochtones ainsi que les délinquant condamnés pour un crime de nature sexuelle ou avec violence. La prestation des services doit tenir compte de la nature de plus en plus antagoniste, exigeante et litigieuse du domaine correctionnel. Il arrive souvent que les services soient offerts de manière autonome et isolée, sans qu’on puisse compter sur un leadership professionnel quelconque.

Il existe de nombreuses possibilités d’emploi dans les services correctionnels pour les travailleurs sociaux, notamment dans des attributions liées à la garde des délinquants, comme conseillers en résidence, dans les secteurs de la gestion de cas, de la probation et de la libération conditionnelle, comme agents de programme, comme cliniciens, dans les secteurs de la recherche et du développement des politiques, du recrutement et de la formation du personnel, dans les programmes de soutien au personnel (par exemple, des programmes d'aide aux employés et au sein d'équipes de gestion du stress lié à des incidents critiques), en administration et en gestion.

La plupart des travailleurs sociaux oeuvrant dans le secteur correctionnel ont reçu des formations diverses et les postes qu’ils occupent ne sont pas nécessairement classés comme des postes de travailleur social. Bien qu’un baccalauréat en service social constitue une exigence minimale pour occuper un poste en service social, un diplôme de maîtrise est perçu comme un atout important. Il est également requis d'être inscrit auprès d'un organisme provincial ou territorial de service social afin d'assurer que le travailleur social se conforme à des normes de pratique et à un code de déontologie.

Préparé par :
David Champagne (M.Serv.Soc., t.s.i) et
Veronica Felizardo (M.Serv.Soc., t.s.i., candidate au doctorat)