Depuis les vagues de dénonciations de violences sexuelles sur les réseaux sociaux (par ex. #AgressionNonDénoncée/#BeenRapedNeverReported en 2014 ou #MeToo en 2017), les instances étatiques ainsi que nombre d’intervenants des mondes politique et judiciaire ont beaucoup insisté sur l’importance de prendre parole et de dénoncer les violences subies aux instances dites formelles. C’est dans cet esprit que plusieurs réformes ont été mises en œuvre afin de « rebâtir la confiance » des victimes-survivantes et de les rapatrier vers le système judiciaire criminel, sans prise en compte véritable des grandes limites de ce système pour résoudre des problèmes sociaux – les violences faites aux femmes – qui revêtent d’une infinie complexité. Ces réformes sont à l’image de plusieurs autres ayant été opérées en Amérique du Nord dans les dernières décennies à la suite de critiques légitimes de victimes d’actes criminels quant au traitement des violences sexuelles par le système judiciaire criminel. Ces réformes ont malheureusement souvent mené à une surveillance et criminalisation accrue de populations marginalisées. Plus récemment, un intérêt grandissant à l’échelle du grand public s’est fait sentir pour les modalités de justice alternatives (réparatrice et transformatrice) qui proviennent de populations discriminées par l’État (par ex. populations Noires, autochtones, queer, etc.). L’institutionnalisation de ces formes de justices alternatives soulèvent de nombreuses inquiétudes quant à leur instrumentalisation potentielle par l’État à des fins pécuniaires ou par les personnes autrices de violences sexuelles, et ce, au détriment de la sécurité (physique et psychologique) des victimes.
Dans cette présentation, nous nous concentrerons sur l’intervention auprès des femmes Noires ayant vécu des violences sexuelles. Nous verrons ensemble les mythes et les stéréotypes dont on affuble les femmes Noires et les communautés Noires et la manière dont ils complexifient la recherche de justice pour ces femmes en matière de violence sexuelle. Bien au-delà d’une injonction à dénoncer ou à se taire à n’importe quel prix, cette présentation insistera sur la nécessité de concevoir la justice de façon souple et multidimensionnelle afin qu’elle soit adaptée aux besoins de chaque femme, dans une optique de respect de la dignité et de l’autodétermination face aux violences subies.