Mémoire présenté dans le cadre des consultations en vue du budget fédéral de 2026
Par : L’Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (ACTS)
Septembre 2026
L’Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (ACTS) représente plus de 20 500 membres partout au Canada. Elle presse le gouvernement fédéral d’investir dans trois mesures ciblées qui comprimeront les coûts à long terme, renforceront la sécurité publique et soutiendront une économie résiliente et inclusive. Voici ses recommandations :
- Recommandation 1 : Que le gouvernement fédéral modifie ses politiques et ses lois pour inclure les travailleuses et travailleurs sociaux dans sa définition du personnel de sécurité publique (PSP).
- Recommandation 2 : Que le gouvernement annule tous les copaiements instaurés dans le cadre du Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) et rétablisse l’accès des personnes réfugiées et demandeuses d’asile admissibles aux soins préventifs, primaires, psychologiques et adaptés aux traumatismes.
- Recommandation 3 : Que le gouvernement finance une étude sectorielle du travail social afin d’étayer la planification des ressources humaines en santé.
L’ACTS regroupe des professionnelles et professionnels dont le travail épouse les réalités sociales et financières quotidiennes des personnes et des communautés du pays. Ces voix pressent le gouvernement fédéral de concentrer son appui sur les infrastructures sociales et sanitaires : celles qui sécurisent les communautés, stabilisent la participation au marché du travail, élargissent les débouchés économiques et bâtissent une économie nationale résiliente et inclusive.
L’ACTS salue les mesures importantes que le gouvernement fédéral a prises devant les pressions qui pèsent sur les ménages, du logement au coût de la vie. Il a fait avancer des initiatives nationales : services de garde abordables, prestation canadienne pour les personnes handicapées, régime canadien de soins dentaires. Il a aussi tracé des orientations stratégiques axées sur la souveraineté, l’efficacité et l’efficience, puis investi dans la recherche, l’innovation et la technologie pour assurer la place du Canada dans un monde en mutation rapide.
À mesure que ces engagements se déploient, les travailleuses et travailleurs sociaux observent partout au Canada le coût humain de la volatilité économique, de la hausse des prix et de l’aggravation des divisions politiques. Leur pratique quotidienne révèle un écart grandissant entre les besoins essentiels et les soutiens offerts, surtout pour les personnes réfugiées, les demandeuses et demandeurs d’asile et celles que fragilisent un statut précaire et de multiples formes d’exclusion.
Un code de déontologie rigoureux oblige les travailleuses et travailleurs sociaux à intervenir dès qu’une décision publique risque d’aggraver les préjudices. L’ACTS presse donc le gouvernement fédéral de consolider les infrastructures sociales et sanitaires, de protéger l’accès aux soins des personnes à risque et de renforcer les mesures qui stabilisent les communautés au lieu de reporter les coûts et les crises en aval. Quand les besoins pressent, chaque décision publique mérite un examen minutieux : les résultats doivent tenir les promesses. Les politiques qui annoncent des économies ne doivent pas faire porter le fardeau aux personnes, aux communautés, ni aux régimes provinciaux et territoriaux. Lorsque cela se produit, les besoins s’intensifient, les crises éclatent et les problèmes dégénèrent en situations aiguës qui exigent des interventions bien plus coûteuses.
L’heure est venue de mettre en place les conditions de la réussite, notamment des structures permanentes, puis de mesurer l’atteinte des objectifs. Fidèle aux priorités fédérales, soit assurer la sécurité des communautés et bâtir une économie canadienne forte, l’ACTS recommande d’investir dans les domaines suivants :
Recommandation 1
Que le gouvernement fédéral modifie ses politiques et ses lois pour inclure les travailleuses et travailleurs sociaux dans sa définition du personnel de sécurité publique (PSP) et leur ouvrir ainsi les programmes fédéraux de recherche, de prévention, de traitement et de soutien aux familles.
En 2020, le gouvernement du Canada a lancé un plan d’action national sur le trouble de stress post-traumatique (TSPT). L’ACTS a appuyé le renouvellement de cet engagement ainsi que le financement substantiel consacré à la recherche et à des mesures de prévention et de traitement fondées sur des données probantes pour le personnel de sécurité publique (PSP). Or, la définition fédérale du PSP exclut les travailleuses et travailleurs sociaux, ce qui inquiète vivement l’ACTS.
Les travailleuses et travailleurs sociaux brillent par leur absence parmi les experts consultés par Ottawa pour élaborer ses plans et orienter ses investissements. Cette omission affaiblit la mission fédérale de sécurité publique : elle contredit les études sur les traumatismes liés au stress opérationnel (TSO) comme les données probantes sur l’apport décisif du travail social à la sécurité publique.
La définition actuelle du PSP englobe les pompiers, les policiers, les ambulanciers, les agents correctionnels, les agents des services frontaliers, le personnel des communications en sécurité publique, le personnel opérationnel et du renseignement ainsi que les gestionnaires autochtones des mesures d’urgence. Au Canada, la majorité de ce personnel s’identifie comme des hommes, tandis que la majorité des personnes en travail social s’identifient comme des femmes.
Le gouvernement du Canada s’est engagé envers l’analyse comparative entre les sexes plus (ACS Plus). Il reconnaît que « les travailleuses et travailleurs sociaux et les autres prestataires de soins de santé sont régulièrement témoins de traumatismes, de douleur, de souffrance ou de décès dans le cadre de leur travail ». Pourtant, la recherche et les avantages consentis aux autres membres du personnel de sécurité publique (PSP) visés par ce cadre leur échappent toujours. Cette exclusion entretient les préjugés sexistes et contredit l’ACS Plus.
Aux côtés des policiers et des services d’urgence, les travailleuses et travailleurs sociaux affrontent en première ligne les traumatismes aigus et chroniques. Jour après jour, leurs décisions pèsent sur la vie et la sécurité des personnes les plus vulnérables : enfants maltraités, aînés en détresse, victimes de violence, membres de communautés marginalisées et personnes suicidaires.
Ces professionnelles et professionnels interviennent souvent les premiers devant les sévices physiques, sexuels et psychologiques les plus graves. Ils y mènent fréquemment des enquêtes d’urgence, sans l’appui des forces de l’ordre.
L’ACTS salue l’engagement du gouvernement envers des politiques fondées sur les données probantes. Or, la recherche démontre sans relâche les bénéfices humains et économiques du travail social. Une promesse de sécurité publique qui écarte les travailleuses et travailleurs sociaux trahit autant la logique humaine que la logique économique.
Les études le confirment : la demande de soutien psychologique dépasse constamment l’offre. Le Canada manque de professionnels qualifiés en santé mentale, notamment de travailleuses et travailleurs sociaux formés pour accompagner les personnes traumatisées. En négligeant leur santé mentale, le pays affaiblit sa capacité de répondre aux traumatismes, tant chez les intervenants en sécurité publique que chez leurs proches. La sécurité des communautés exige de reconnaître le rôle décisif du travail social dans la gestion des crises et le soutien psychologique de première ligne. Investir dans le bien-être de ces professionnels réduit l’épuisement et l’absentéisme au sein d’un personnel essentiel, consolide la résilience collective devant les urgences et rend le pays plus sûr pour l’ensemble de la population.
Recommandation 2
Que le gouvernement annule tous les copaiements instaurés dans le cadre du Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) et rétablisse l’accès des personnes réfugiées et demandeuses d’asile admissibles aux soins préventifs, primaires, psychologiques et adaptés aux traumatismes. Cette protection préserve leur santé et évite que les coûts et le fardeau administratif ne retombent sur les provinces, les territoires, les intervenants de première ligne et les organismes communautaires sans but lucratif.
En août, le gouvernement du Canada a annulé certaines mesures de copaiement mal avisées du PFSI, ce qui mérite d’être salué. Il doit maintenant abroger sans délai celles qui subsistent, pour protéger des vies et pour épargner aux travailleuses et travailleurs sociaux un conflit direct avec leurs obligations déontologiques.
Chez les personnes réfugiées, tout retard d’accès aux soins aggrave les maladies chroniques, laisse les traumatismes sans traitement, détériore la santé mentale, multiplie les recours évitables à l’urgence et accroît la dépendance aux interventions sociales de crise. De telles conséquences violent directement l’engagement du Canada à protéger les populations vulnérables.
Les preuves que l’ACTS a transmises au gouvernement, comme les recherches fiables sur la santé des personnes réfugiées, le montrent : les copaiements ne dégageront aucune économie nette. Ils dissuadent surtout de recourir aux soins précoces et peu coûteux, puis reportent les besoins vers des services d’urgence et de crise onéreux, financés par les régimes de santé et les services sociaux provinciaux. Supprimer les copaiements du PFSI relève donc autant de l’humanité que de la rigueur budgétaire : la mesure réduit les coûts évitables en aval, soutient la stabilité des systèmes et concentre la couverture fédérale sur des soins communautaires rentables plutôt que sur des interventions dictées par la crise.
Cette approche respecte aussi le partage des compétences : elle empêche le transfert de coûts non financés vers les provinces et les prestataires locaux, et évite que des changements de politique fédérale n’imposent du travail administratif non rémunéré aux organismes de santé, d’établissement et communautaires déjà débordés. Rétablir le niveau d’accès antérieur aux soins préventifs et aux services de santé mentale pour les personnes réfugiées et demandeuses d’asile réduit le risque que des besoins négligés resurgissent plus tard, sous des formes plus aiguës et plus coûteuses, dans les hôpitaux, les régimes provinciaux et les services sociaux d’urgence. Rétablir la couverture des soutiens supprimés ne concerne qu’un petit nombre de personnes dans le besoin. Les groupes de défense, les chercheurs et les praticiens le savent : privés de soins essentiels, les patients restent malades. Leur hospitalisation s’allonge, faute de soutien à la sortie, et les coûts grimpent tandis que la santé se dégrade.
Recommandation 3
Que le gouvernement finance une étude sectorielle du travail social afin d’étayer la planification des ressources humaines en santé.
Les travailleuses et travailleurs sociaux inscrits (TSI) remplissent des fonctions essentielles dans nos communautés : à l’hôpital, en santé mentale, en protection de l’enfance, en soins primaires et en dépendances. Ils forment une part intégrante des équipes de soins interdisciplinaires. Une étude sectorielle s’impose pour que ce personnel puisse répondre demain aux besoins croissants du Canada en santé et en services sociaux.
Les trois piliers du travail social, soit le Conseil canadien des organismes de réglementation du travail social (CCORTS), l’Association canadienne pour la formation en travail social (ACFTS) et l’Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (ACTS), jugent unanimement qu’une étude sectorielle complète est essentielle et se tiennent prêts à la mener avec le gouvernement du Canada.
Publiée en 2000, la dernière étude sectorielle du travail social, Le travail social au Canada : une profession essentielle, scrutait les enjeux et le profil démographique du secteur des services sociaux pour nourrir une stratégie durable de ressources humaines. Aujourd’hui plus que jamais, le Canada a besoin d’une telle stratégie en travail social pour renforcer ses systèmes de santé et de services sociaux.
Le système de santé canadien souffre toujours de pénuries de personnel, qui pèsent lourdement sur le continuum de soins. Le gouvernement reconnaît la gravité de cette crise des ressources humaines et Santé Canada a fait des données sur la main-d’œuvre une priorité. L’ACTS demande néanmoins que les professions connexes, en particulier le travail social, soient pleinement intégrées à la réponse. Faute de données complètes, aucune planification efficace ne peut relever ce défi urgent.
Les données récentes manquent sur la présence et l’influence des travailleuses et travailleurs sociaux dans les divers secteurs d’activité au Canada. Or, leur profil démographique, leur marché du travail et leur formation appellent un portrait précis. Ces professionnels exercent dans de multiples milieux, dont les soins primaires, pour aider la population canadienne à atteindre un mieux-être physique et mental. Une étude sectorielle approfondie s’impose donc pour que la main-d’œuvre du travail social réponde aux besoins actuels et futurs de la population — un maillon essentiel de la planification des ressources humaines en santé.
Au Canada, le travail social forme le groupe de professionnels de la santé mentale le plus nombreux et le plus polyvalent : on compte environ 6 500 infirmières et infirmiers en psychiatrie, 11 000 thérapeutes ou psychothérapeutes, un peu moins de 20 000 psychologues et 60 000 travailleuses et travailleurs sociaux. Réglementés, imputables et hautement qualifiés, ils offrent, grâce à un vaste champ d’exercice, bon nombre des mêmes services que ces autres professions — et davantage.
Les recherches montrent en outre une profession largement portée par les femmes et par les personnes issues de groupes en quête d’équité. Or, les personnes servies privilégient souvent un praticien de leur propre milieu démographique et rapportent alors de meilleurs résultats de santé et de services sociaux. Une étude du secteur du travail social répond donc à un impératif d’équité : elle renforcera le soutien aux professionnels issus de groupes en quête d’équité et éclairera les besoins de ces groupes.
Tout plan de ressources humaines en santé doit inclure les travailleuses et travailleurs sociaux, afin de les déployer efficacement dans l’ensemble des domaines et des régions. Un personnel du travail social solide et bien organisé soutient la croissance économique, la participation au marché du travail ainsi que la santé et l’épanouissement des communautés du pays.
L’Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (ACTS) est l’association professionnelle nationale du travail social au pays. Fondée en 1926, cette fédération réunit dix organisations provinciales et territoriales, coordonnées par un bureau national.
- ^ https://www.canada.ca/content/dam/phac-aspc/documents/services/publications/diseases-conditions/federal-framework-post-traumatic-stress-disorder-report-parliament-2025/cadre-federal-relatif-trouble-stress-post-traumatique-rapport-parlement-2025.pdf
- ^ Sécurité publique Canada — ACS Plus
- ^Université de Toronto — Stress post-traumatique et travailleuses et travailleurs sociaux
- ^ https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/vie-saine/cadre-federal-trouble-stress-post-traumatique.html p. 8
- ^ Stephenson, Marylee, Gilles Rondeau, Jean-Claude Michaud, and Sid Fiddler. « Le travail social : une profession essentielle Volume 1— Rapport définitif. » 2000, Association canadienne des travailleuses et des travailleurs sociaux. https://www.casw-acts.ca/files/attachements/in_critical_demand_social_work_in_canada_volume_1_pages_1-24_.pdf
- ^ https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/publications/systeme-et-services-sante/cadre-ethique-recrutement-maintien-poste-professionnels-sante-formes-etranger.html
- ^ Données tirées du rapport de l’ICIS intitulé « Personnel de santé au Canada, 2017 à 2021 : Aperçu — Tableaux de données » : https://www.cihi.ca/sites/default/files/document/health-workforce-canada-2017-2021-overview-data-tables-en.xlsx
- ^Université de Toronto — Stress post-traumatique et travailleuses et travailleurs sociaux