Le Chambre des communes du Canada a adopté la semaine dernière le projet de loi C-12, connu sous le nom de Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada. Ce projet avance à une vitesse alarmante.
Au Canada et ailleurs, des stratégies politiques inquiétantes refont surface : elles exploitent la peur et la désinformation pour fracturer les communautés. Les réfugiés deviennent des boucs émissaires, présentés comme des menaces à la sécurité, à l’économie et à la cohésion nationale. Cette tactique n’a rien de nouveau. L’histoire regorge de périodes où des groupes vulnérables ont été désignés coupables pour masquer des défaillances systémiques profondes.
Le gouvernement du Canada, avec l’appui des partis d’opposition, accuse les réfugiés de problèmes sociaux et économiques qu’ils n’ont pas créés. Au lieu de s’attaquer aux vraies causes — pénuries de logements, précarité de l’emploi, inégalités croissantes, services publics sous pression —, les décideurs ciblent des gens qui ont fui la persécution, la guerre et la mort. Ces accusations sont moralement inacceptables et sans fondement.
Le projet de loi C-12 aggrave ces inquiétudes. Il fusionne droit pénal, contrôle frontalier et politique d’asile en une prétendue réponse à la criminalité organisée, au trafic de personnes et à l’exploitation en ligne.
Ces mesures ciblent les réfugiés : interdictions d’asile d’un an, délais de dépôt impossibles de quatorze jours, pouvoirs élargis du Cabinet pour suspendre ou geler les demandes. Or, ces mêmes mesurent ne perturbent aucunement les réseaux criminels. Elles ferment plutôt la porte aux personnes mêmes que l’on prétend protéger.
Les mythes qui lient l’accueil de réfugiés aux difficultés économiques ne tiennent pas. Rien ne prouve que repousser les réfugiés fait économiser de l’argent ou stabilise l’économie. Au contraire, les réfugiés renforcent le marché du travail et stimulent les économies locales. On les accuse à tort de causer la pénurie de logements, l’engorgement des soins de santé ou la précarité de l’emploi, mais ces accusations masquent les vrais échecs politiques. Blâmer les réfugiés, c’est protéger ceux qui profitent des loyers élevés, des bas salaires et du sous-investissement.
Le Canada doit refuser les politiques nourries de mythes et de peur. Exigeons des solutions concrètes au logement, à l’emploi et à l’économie — des solutions qui renforcent nos communautés au lieu de blâmer ceux qui fuient le danger. Exigeons de nos dirigeants qu’ils s’appuient sur des faits, fassent preuve de compassion et respectent les engagements internationaux et moraux du Canada.
Un Canada respectueux des droits et accueillant n’est pas seulement réalisable : il incarne toujours nos aspirations profondes.
Nous savons mieux faire. Agissons avec plus de discernement.
Barb Whitenect, B.A., M.Serv.Soc., TSI
Présidente
Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux